Portait
d'une dame.
(fiction, d¹après
les paroles de Marie-Hélène Dhénin)
par Alain Frontier. Éditions AL Dante.
Ici le rôle de
l'écrivain consiste, pendant trois années
consécutives, à noter quotidiennement
ce que dit son modèle. Christian Prigent
présentait ainsi les quelques extraits du
Portrait qui furent d'abord publiés : "
Les paroles, dit le modèle, sont les seules
choses qui nous appartiennent, et toi, tu m'en dépossèdes.
Bribes arrachées au flux d'une parole (amitiés,
paysages, lectures, épopées domestiques,
aphorismes et sentences), prélèvements
de ce qu'une voix, au fil des heures, profère,
voici un livre intégralement cité
et minuté. Sa radicalité est dans
la violence douce du rapt, dans l'alignement a-pathique
des coupons. C'est quelque part du côté
du ready-made (découpage et encadrement),
du cut-up in vivo, de la tranche de langue plutôt
que de la tranche de vie, du vol, à la langue,
d'une autre langue qui en tire, du coup (le modèle
est photographe), le portrait : l'écriture
toute crachée. "
Publier les paroles
du modèle dans leur intégralité
revient à affirmer que leur succession génère
un texte et que ce texte peut être lu pour
ce qu'il est : une fiction. Car le portrait, quelque
fidèle qu'il puisse être, mesure aussi
la distance qui sépare les paroles vivantes
de l'inscription qui tente de les arrêter.
Jamais dame ne sera prisonnière de son portrait.
Alain Frontier
|