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Photographie  Dominique Houyet

 

< Home > < Rencontres entretiens d'érivains par M. Delvigne : Philippe Bonnefis écrivain du mois de juin 2004 >

Ecrivain du mois de juin 2004 :

Philippe Bonnefis pour la présentation de son essai :
« Dans le cabinet du Docteur Michaux ». Arbre à Lettres.

philippe bonnefis

«Quand la mémoire fait ressortir de l'abîme où le réel s'est effondré les souvenirs, ils ruissellent de si- lence.
Des morts reviennent des scènes d'autrefois qui sont nettoyées de tout bruit.
Immobiles au centre de ces scènes, comme dans les photographies, comme dans les peintures de l'Occident chrétien, ils regardent en silence ceux qui les voient. »

Sur Le Jadis P287 Grasset. Quignard

 

Ce visage est sans voix. Où est cette voix? Qu'est-elle devenue ? Et son respir?
Et cette inflation à la lecture du texte? Mon cœur s'emballe dans cette voix qui vrille Michaux.

D'abord, elle fut douce avec des tressaillements comme si Bonnefis ne tenait pas en place, était pris de fourmillements, contaminé par la pullulation des fourmis , ces signes à l'encre de Chine de Michaux. Il est électrisé. Il m'électrise. Ça va danser, je le sens. Les souris, les éléphants, les fourmis, allez hop la ménagerie est convoquée.

Puis, plus grave, cette voix, en basse tension. De l'encre à l'eau, Michaux a dilué le visage. L'aquarelle crache et l'eau toutes griffes dehors, le visage sera voué au vertige, gouffre, abîme, sujet d'une traque.
J'effleure ma joue. Elle est là, encore, mais pour combien de temps?
Le visage se fait ruine, désastre de l'apparence, carbonisé, tuméfié, répugnant, dégoulinant de sang. Michaux est-il un bourreau ?
"Je me dois d'ignorer le drame", énigmatique l'essayiste qui s'y reprendra à deux fois : la date, la date : février 48, février 48. La torche au nylon : la femme-torche.
"La nature du drame doit me rester secrète".
De cette femme là qui refusera désormais de se contempler au miroir et mourra.
De la chute du visage au bas-ventre. De l'hystérie comme un rapport au corps, donner du corps au corps entre "les eaux jaillissantes et les concerts de vautours".
Je caresse mon visage d'écorché.

Et puis la thèse, cette thèse qui, ailleurs, ne se pose pas : "la dimension schizophrénique de Michaux. Il va se guérir par l'hystérie." Passons? Du nom propre à la colonne vertébrale. Mi-Mi-Mi chaux qui ne serait pas de la chaux mais un point dense. Mi mi mi chetonner.

Et puis l'Eclat. Il nous faut l'apocalypse car sans lui, on ne danse pas. J'ai envie de danser sous les bombes, sur une corde raide. La voix de Bonnefis s'élance. J'y entre et encore. Danse avec moi, danse avec moi. Réveillons le cadavre, qu'on lui applique des électrodes, que ça tressaille ! On vrille dans ce texte que Bonnefis lit, expose et gueule. Moi, je tourbillonne complètement enlacée, confondue, enlisée et je me laisse faire en riant.

Retour au silence. Stupeur.

Plus tard, cette photo, ce visage. Entendez-vous sa voix, là?

Arras, le 18 Juillet 2004.
Marie Delvigne.


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