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Ecrivain
du mois de mai 2004
Alain Buisine
" Nudités de Venise" aux Ed. Zulma

Si Venise a inventé la chair
féminine alors que Florence s’enlise dans la frigidité
graphique des nus qu’elle expose, Alain Buisine, lui, a
inventé le livre charnel.
Il ne nous propose pas seulement
de contempler par son oeil les nus qui foisonnent au sein de la
Sérénissime , il éclaire aussi d’un
ton emprunt d’une indéniable nostalgie les mœurs
de ce jadis…..
Suivons-le dans l’une de ses
promenades biaisantes au cœur de cette Venise licencieuse
et répressive, ville en « double bande ».
Entrons par le grand Canal pour
contempler le grand Nu féminin debout
qui décoraient les façades du Fondaco dei Tedeschi.
Un nu immense et flamboyant de Giorgione et de son jeune apprenti
, le Titien. Parce que la Sérénissime a, dès
la fin du XVème Siècle, préféré
le charnel au religieux, Vénus supplantera la Madone pour
le plus grand bonheur de tous. Vénus endormie, la Vénus
d’Urbina si jouissive, la Vénus endormie
avec un Amour , la Suzanne déclinée
à l’infini, en jeune épouse effarouchée
, si effarouchée ? …ou courtisane excitée
par la lubricité des deux vieillards et Danaé ,
Danaé si lascive…..tout à sa pénétration
aurifère, alanguie, consentante mais peut-être aussi
vénale ?
Il n’y a AUCUNE représentation
iconographique dans cet ouvrage mais devons-nous le regretter
? Non, car l’auteur en quelques mots, en quelques touches
décrit la toile. Si nous la connaissons, nous la retrouvons
avec un réel plaisir sous un regard neuf. Si nous ne la
connaissons pas, nous la rêvons…..Notre imaginaire
s’emploie dès lors à créer des images
érotiques en maintes déclinaisons, au gré
des délicieux phantasmes du peintre.
Et puis, avec Veronica Franco, classée
N°1 au catalogue des courtisanes, offerte à Henri III
de passage, nous entrons dans le monde du libertinage. Venise
ou la métaphore de la courtisane….Mais quelle limite
se pose dès lors entre celles-ci et les « Dames »
que l’on peut parfois confondre aisément sur la toile
? Peut-être les accessoires de toilette, le fameux blond
vénitien recherché par toutes puis, la mode passant,
adopté uniquement par celles qui font commerce de leurs
charmes.
Sous l’œil acéré
du confidente, Venise s’en donne à cœur joie.
Les dames ont leur sigisbée avec la bénédiction
de leur époux qui eux, se livrent dans leur casino, appartement
privé où ils reçoivent leurs amis, leurs
petites amies à toutes sortes de jeux….
Au cœur de la nuit qui s’installe
au fil des pages comme au fil de l’eau, au cœur de
Venise, je ne sais plus si je rêve ou si je lis…..Je
vois des poitrines nues, exposées aux regards concupiscents
sur la place Saint Marc.
Je vois ces femmes qui pour plaire
passent des heures infinies à leur toilette. Un peigne
d’ivoire est resté sur le rebord de la fontaine…Je
vois , j’aimerais toucher ces chairs lisses et fermes, si
blanches. Je respire leur parfum….
J’y suis.
Séduite , je suis au présent
de Venise et je traverse en gondole le reflet de ce flamboyant
Nu Debout comme si je le caressais puis le goûtais…
Ville du hors-lieu, ville du non-lieu
aujourd’hui, ville sans projet qui permet de « présentifier
le présent » selon Buisine.
Il suffit d’y être.
En tournant chaque page de ce livre de chair, j’y fus !
Marie Delvigne
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