
Mon métier est d'écouter
De me regarder écouter
me rend patient. Patient de moi-même.
Lui sur la photo, ce n'est pas moi. D'abord parce que
le temps a passé et que je ne suis donc plus lui.
J'ai vieilli dirait-on. On est toujours un peu le patient
de son patient. Les patients renseignent et enseignent
les thérapeutes sur eux même et là,
grâce à l’autre, je réapprends
que le temps passe et qu'il me conduit vers ma mort. Mon
métier est d'écouter. Si je cesse d'écouter,
de nous écouter lui et moi, je serais tenter de
lui faire payer la mort qu'il me prédit.
Lui sur la photo, ce n'est plus moi, et du reste il ne
l’a jamais été. Après tout,
Narcisse ne s'attache pas à lui-même mais
à son reflet. Comme Magritte, il faudrait inscrire
au fronton des miroirs: « ceci n'est pas moi! ».
Le colloque restera singulier. Communication entre nos
deux inconscients? Peu probable. Nous sommes tous les
deux glacés. Lui sur son papier et moi dans l'observation
de son regard figé. Mon regard réfléchi
sur le papier me permet de me regarder réfléchir.
Du même coup, la photo de l'autre me met en présence
de moi-même. Je me rends compte alors que je n’écoute
plus et peut être même que je n'ai jamais
écouté, car dès notre premier regard,
dès la première lettre je me parlais déjà.
Ecouter, pour le thérapeute comme pour le patient,
c'est s'écouter parler.
Chut...ne le répétez pas.
Gonzague de Larocque, Médecin sexologue
Auteur de « Les homosexuels » - collection
Idées Reçues, Le Cavalier Bleu Edition.
Président des Etudes et Recherches sur les Orientations
Sexuelles (ER OS)