|
Voilà pas mal de temps que je croise
le visage de cet homme. Lorsque je l’aperçois,
il m’arrive d’avoir le sentiment de croiser
le regard d’un étranger. Sur la photo, il a
l’air plus vieux que dans mon souvenir mais semble
encore espérer quelque chose de la vie. Même
s’il m’a souvent beaucoup déçu
je m’efforce, chaque matin, de lui adresser un signe
de tête, un peu à la manière dont on
salue un voisin proche. Mais le cœur n’y est
pas. Lui aussi, comme sur la photo, parfois me sourit. Je
sens qu’il fait un effort pour entretenir de bonnes
relations de proximité. Nous ne nous aimons pas.
Mais jusqu’à la fin nous resterons ainsi, d’apparence
unis et polis l’un envers l’autre.
Jean-Paul Dubois. Novembre 2004.
|