
Mais à vrai dire, où que
j’aille Jeanjean m’a déjà précédé.
Mobile retardateur, si vous voulez.
Je m’explique : une pression sur le bouton déclenche
la roue dentée laquelle surligne la course précipitée
pour retrouver sa place — une course d’humain
rabougri et penché, comme on l’avait suivie
avec un rien de dégoût dans Le foulard de Smyrne
—.
À l’issue d’un bzzzzzzzzzzz interrompu
soudain par le brusque CLIC se fixe à jamais la position
de qui, étant parti à la chasse, retourne
à sa place, la perd. Se voir passer dans la rue,
vous vous souvenez, des manteaux, des chapeaux, l’astuce
des «hommes feints», ça vous dit quelque
chose ?
Quoi que je fasse, par conséquent, je suis sur la
photo alors que je pensais y échapper ; Jeanjean
est introuvable. C’est que Jeanjean aime la lumière,
mais pas assez. Je le suis donc, comme son ombre, et ne
suis pas comme il faudrait sur la photo puisque j’y
vais tout seul, une fois pour toutes, sans instrument notable,
chaque fois avec la mine chiffonnée de celui à
qui vient de manquer 1/125ème de seconde pour être
vraiment là.
Non, j’ai dit une bêtise, Jeanjean n’aime
pas autant qu’il prend bien la lumière, c’est
son côté modèle qui joue au photographe.
(...)
E xtrait de Pas de deux par Pierre Parlant.
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