
Le regard de l’autre
: un autre regard sur soi
J’examine un à
un ces portraits de moi et je les montre à des
proches. Je les interroge pour savoir quelle photographie
ils préfèrent..
C’est un peu surprenant
de constater qu’ils aiment essentiellement vous
voir rire et sourire ; comme si leur désir était
que vous accédiez à un bonheur lisse, alors
qu’une photographie où l’on perçoit
votre gravité, votre sérieux, votre tristesse
ou votre faiblesse ne soit pas recevable, donnant de vous
une image trop dérangeante.
A ces photographies heureuses,
saisies sur le vif, je préfère les images
où le visage et le regard sont tendus vers l’autre.
On perçoit une retenue en même temps qu’une
connivence avec un interlocuteur invisible, et une secrète
jubilation.
J’aime aussi la photographie
où une très légère contraction
du front trahit l’incertitude ; ou encore celle
où le blanc de l’œil occupe beaucoup
d’espace. Elle me fait penser à ce vers extrait
d’un poème qui m’a toujours ravie :
« Mais quand je ne trouverai
pas de feuille, j’écrirai sur le blanc d’un
œil »*
* Abdallah Zrika, traduit de l’Arabe par Abdellatif
Laabi
Extrait du N°4 de la Revue Petite
Sabine Bourgois